Dans cette étude, nous comparons six architectures de groupes moto-pompes fonctionnant à 150 bars afin d'évaluer leur consommation électrique à débit nul, à charge partielle et à pleine charge. Cette analyse met en évidence l'influence du type de pompe (cylindrée fixe ou variable), du moteur (asynchrone ou synchrone) et du variateur de fréquence sur le rendement global de l'installation.
Aller plus loin en hydraulique
Vous souhaitez approfondir vos connaissances, diagnostiquer efficacement vos installations ou former vos équipes directement sur site ?
Pression de service : 150 bars, maintenue en continu
Cycle de fonctionnement en 3 phases : 0 l/min – 500 l/min – 800 l/min, toujours à 150 bars
Formule de base (puissance hydraulique) :
P (kW) = p (bar) × Q (l/min) / 600
Phase
Débit utile
Puissance hydraulique utile
1
0 l/min
0 kW
2
500 l/min
125 kW
3
800 l/min
200 kW
Rendements retenus (pompes à pistons)
Composant
Pleine charge
Charge partielle
Pompe à pistons, cylindrée fixe
0,96
0,96
Pompe à pistons, cylindrée variable (régulation pression constante)
0,95
0,91 (~60 % cyl.)
Moteur asynchrone – direct réseau
0,95
–
Moteur asynchrone – sur variateur
0,94
0,93
Moteur synchrone (aimants permanents) – sur variateur
0,97
0,96
Variateur de fréquence
0,97
0,97
Remarques : A qualité identique, la pompe à cylindrée variable est légèrement moins bonne que la fixe (fuites et frottements du mécanisme de variation : plateau inclinable, compensateur). Son rendement se dégrade nettement à cylindrée partielle car les pertes hydro-mécaniques et les fuites internes deviennent proportionnellement plus lourdes quand la cylindrée diminue à pression maintenue. Le variateur fabrique le courant du moteur par découpage électronique (technique dite MLI). Ce courant découpé est moins régulier qu'une alimentation directe sur le réseau : les petites déformations qui en résultent (appelées harmoniques) créent des échauffements supplémentaires dans le moteur, qui perd environ 1 point de rendement.
Comparaison des 6 architectures hydrauliques
Cas n° 1 – Pompe cylindrée fixe + moteur asynchrone à vitesse fixe
Principe : Les pompes débitent en permanence 800 l/min à 150 bars, quel que soit le besoin. Le débit non consommé par les récepteurs repart au réservoir à travers le limiteur de pression : ce laminage transforme 100 % de l'énergie correspondante en chaleur dans l'huile.
P élec = 200 / (0,96 × 0,95) ≈ 219 kW, en permanence.
0 l/min
500 l/min
800 l/min
≈ 219 kW
≈ 219 kW
≈ 219 kW
100 % laminés en chaleur
≈ 69 kW laminés
aucune perte de laminage
Commentaire : Cette solution n'est intéressante que lorsque la machine consomme la totalité du débit disponible. Dès que le besoin diminue, le gaspillage devient énorme : à l'arrêt des mouvements, les 219 kW absorbés partent intégralement en chaleur dans l'huile, ce qui oblige en plus à installer un système de refroidissement puissant, lui-même consommateur d'énergie. À l'inverse, lorsque la machine utilise le plein débit, cette architecture devient la plus économe de toutes, car l'absence de variateur supprime les pertes de conversion électronique.
Cas n° 2 – Pompe cylindrée fixe + moteur asynchrone + variateur de vitesse
Lors du réglage ou du diagnostic d’un circuit hydraulique, l’utilisation d’un manomètre permet de contrôler précisément les pressions du système.
Principe : Le débit est ajusté au besoin en pilotant la vitesse de rotation des pompes (Q proportionnel à N). Plus de laminage. À débit nul, les pompes tournent à vitesse très réduite, juste pour compenser les fuites internes et maintenir la pression.
0 l/min : quelques kW à quelques dizaines de kW selon la gestion
Commentaire : à pleine charge, cette solution consomme PLUS que le cas 1 (228 kW contre 219 kW). Le variateur n'est pas un composant magique : il dissipe 2 à 3 % de la puissance qui le traverse (commutation des IGBT, conduction, ventilation) et ses harmoniques dégradent le rendement du moteur d'environ 1 point. Le gain se fait exclusivement sur les phases à débit partiel et nul.
Cas n° 3 – Pompe cylindrée fixe + moteur synchrone + variateur de vitesse
Principe : Identique au cas 2, mais avec des moteurs synchrones à aimants permanents, dont le rendement est supérieur et surtout se maintient très bien à basse vitesse et à charge partielle (pas de courant magnétisant rotorique, pas de glissement).
Commentaire : c'est le principe des servo-pompes actuelles : une pompe à pistons cylindrée fixe (le meilleur rendement pompe) pilotée en vitesse par un moteur synchrone. Souvent l'optimum global sur cycle. À pleine charge, elle reste toutefois très légèrement au-dessus du cas 1 (221 kW contre 219 kW) à cause des pertes du variateur.
Cas n° 4 – Pompe à pression constante (cylindrée variable) + moteur asynchrone à vitesse fixe
Principe : Les moteurs tournent à vitesse constante ; ce sont les pompes qui adaptent le débit en réduisant leur cylindrée (plateau inclinable piloté par un compensateur de pression). À débit nul, les pompes se mettent quasiment à cylindrée nulle et restent en pression
500 l/min : P = 125 / (0,91 × 0,94) ≈ 146 kW — le rendement pompe est dégradé car elle travaille à cylindrée partielle
800 l/min : P = 200 / (0,95 × 0,95) ≈ 222 kW
0 l/min : ≈ 20 à 27 kW pour les 3 groupes — les pompes tournent à pleine vitesse, donc barbotage et pertes mécaniques maximaux, plus fuites internes sous 150 bars
Commentaire : Cette solution classique et robuste représente un progrès considérable par rapport au cas 1, puisque la consommation en maintien de pression chute de 219 kW à environ 30 kW. Elle n'est cependant pas parfaite : le rendement des pompes se dégrade dès qu'elles travaillent à cylindrée réduite, et comme les moteurs tournent en permanence à pleine vitesse, les frottements et le brassage de l'huile continuent de consommer de l'énergie même lorsque la machine est en stand-by.
Cas n° 5 – Pompe à pression constante + moteur asynchrone + variateur de vitesse
Principe : On combine les deux degrés de liberté : à débit partiel, on réduit la vitesse des groupes en gardant les pompes à pleine cylindrée (là où leur rendement est le meilleur), la régulation de cylindrée servant d'ajustement fin et de sécurité.
500 l/min : P = 125 / (0,95 × 0,93 × 0,97) ≈ 146 kW — la pompe reste à pleine cylindrée, contrairement au cas 4
800 l/min : P = 200 / (0,95 × 0,94 × 0,97) ≈ 231 kW — la plus consommatrice à pleine charge (cumul pertes pompe variable + variateur)
0 l/min : ≈ 15 à 25 kW avec les 3 groupes actifs, ≈ 5 à 8 kW avec délestage
Commentaire : Cette architecture est la plus flexible des six, mais cette souplesse a un prix à pleine charge. Les pompes à cylindrée variable présentent un rendement légèrement inférieur à celui des pompes fixes, auquel s'ajoutent les pertes des variateurs : le cumul de ces deux pénalités en fait la solution la plus consommatrice de toutes au point de plein débit.
Cas n° 6 – Pompe à pression constante + moteur synchrone + variateur de vitesse
Principe : Identique au cas 5 avec des moteurs synchrones. Meilleure performance possible en maintien de pression et à charge partielle.
0 l/min : ≈ 12 à 20 kW avec 3 groupes actifs, ≈ 4 à 6 kW avec délestage
Le maintien en pression à « débit nul » : attention aux idées reçues
Même quand les récepteurs ne consomment rien, maintenir 150 bars n'est jamais gratuit. Quatre postes de pertes subsistent :
Les fuites internes (drain) : sous 150 bars, chaque pompe à pistons à cylindrée variable fuit en interne. Pour une pompe de ~267 l/min, le débit de drain typique est de 5 à 10 l/min, soit 150 × 7 / 600 ≈ 1,8 kW hydraulique par pompe → 4 à 7,5 kW pour les 3 groupes.
Les pertes mécaniques et de barbotage de chaque pompe en rotation : 1 à 2 kW par pompe (bien plus à pleine vitesse, cas 4).
Les pertes fixes des moteurs : un moteur asynchrone de 80 kW dissipe 1 à 1,5 kW à vide (pertes fer + ventilation). À 3–5 % de charge, son rendement s'effondre (50 à 70 %, très loin des 93 % nominaux).
Les pertes fixes des variateurs : 0,5 à 1 kW chacun (alimentation, commutation, ventilation).
Bilan à 0 l/min / 150 bars pour les 6 architectures, les 3 groupes en service :
Poste de pertes
Cas 1
Cyl. fixe
vit. fixe
Cas 2
Cyl. fixe
async+VEV
Cas 3
Cyl. fixe
sync+VEV
Cas 4
Press. cst
vit. fixe
Cas 5
Press. cst
async+VEV
Cas 6
Press. cst
sync+VEV
TOTAL électrique (3 groupes)
≈ 219 kW
11 – 21 kW
9 – 17 kW
20 – 27 kW
15 – 25 kW
12 – 20 kW
Avec délestage (1 seul groupe actif)
non pertinent
≈ 4 – 7 kW
≈ 3 – 6 kW
≈ 10 – 12 kW *
≈ 5 – 8 kW
≈ 4 – 6 kW
* possible mais déconseillé en vitesse fixe : démarrages directs répétés, à-coups de pression.
Ce que ce tableau met en évidence :
Le cas 1 est hors catégorie : son poste dominant n'est pas une perte de composant mais le laminage volontaire de la totalité du débit, auxquels s'ajoutent les pertes normales des pompes et moteurs qui travaillent, eux, à pleine charge.
Le cas 4 paie sa vitesse fixe : les pompes brassent l'huile à 100 % de leur vitesse pour rien, et les moteurs à vide dissipent leurs pertes fer en permanence.
Les fuites internes sont incompressibles : elles ne dépendent que de la pression maintenue. Seul le délestage les réduit, en diminuant le nombre de pompes sous pression.
La hiérarchie des moteurs : à très faible charge, le synchrone (cas 3 et 6) fait environ la moitié des pertes de l'asynchrone (cas 2 et 5) — c'est précisément dans cette phase que son avantage est maximal.
Optimisation : le délestage de pompes
Plutôt que de garder les 3 groupes actifs en maintien de pression, on arrête 2 pompes et on ne conserve qu'un seul groupe à vitesse minimale. Fuites, barbotage et pertes fixes sont alors divisés par 3.
Ce séquencement n'est réalisable proprement qu'avec des variateurs : redémarrage progressif des groupes, pas d'à-coups de pression, pas de pointes de courant au démarrage. En vitesse fixe (cas 1 et 4), les démarrages directs répétés sont brutaux pour le réseau et le matériel.
Tableau récapitulatif (kW électriques absorbés)
Architecture
0 l/min
500 l/min
800 l/min
1 – Cyl. fixe, asynchrone vitesse fixe
≈ 219
≈ 219
≈ 219
2 – Cyl. fixe, asynchrone + variateur
11 – 21 (4 – 7 *)
≈ 144
≈ 228
3 – Cyl. fixe, synchrone + variateur
9 – 17 (3 – 6 *)
≈ 140
≈ 221
4 – Press. constante, asynchrone vitesse fixe
20 – 27
(10 – 12 *)
≈ 146
≈ 222
5 – Press. constante, asynchrone + variateur
13 – 25 (5 – 8 *)
≈ 146
≈ 231
6 – Press. constante, synchrone + variateur
12 – 20 (4 – 6 *)
≈ 141
≈ 224
* avec délestage : un seul groupe en maintien de pression, les deux autres arrêtés.
Ce qu'il faut retenir
Point clé n° 1 – Le variateur consomme PLUS à pleine charge
À 800 l/min / 150 bars, la solution la plus sobre est le cas n° 1 (219 kW), sans variateur. Toute solution à variateur ajoute 2 à 3 % de pertes de conversion et environ 1 point de rendement moteur (courant haché MLI) : +2 à +12 kW selon les cas.
Le variateur ne se justifie JAMAIS par le point de pleine charge. Il se justifie par les phases à débit partiel et à débit nul).
Point clé n° 2 – Le maintien en pression n'est pas gratuit
« Débit nul » ne signifie pas « puissance nulle » : fuites internes sous pression, barbotage, pertes fer des moteurs et pertes fixes des variateurs représentent 9 à 27 kW selon l'architecture, pour une installation de 3 × 70 kW. Le délestage de pompes (n'en garder qu'une en maintien) est le levier principal pour descendre vers 5 kW.
Point clé n° 3 – C'est le profil de charge qui décide
Toutes les solutions se valent à ±5 % à pleine charge. L'écart se creuse à débit partiel et nul. Le choix d'architecture doit donc se faire sur la consommation intégrée sur le cycle réel (heures passées dans chaque phase), pas sur le point nominal.
Cas limite : une machine qui tourne 100 % du temps à 800 l/min / 150 bars sera optimale en cas n° 1. À l'inverse, une machine qui passe l'essentiel de son temps en attente sous pression sera optimale en cas n° 3 ou 6 (servo-pompe).
Nota : les rendements utilisés sont des valeurs typiques de pompes à pistons axiaux et de moteurs IE3/IE4. Pour un dimensionnement réel, se reporter aux courbes de rendement constructeur au point de fonctionnement considéré (pression, vitesse, cylindrée).